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Examen de mars 2026 de la situation économique et monétaire: synthèse des discussions

16 avril 2026

Lors de l'examen de la situation économique et monétaire des 17 et 18 mars 2026, la Direction générale de la Banque nationale suisse (BNS) a décidé de maintenir son taux directeur à 0%. Elle a annoncé sa décision de politique monétaire le 19 mars.

La décision de politique monétaire a été précédée d'une analyse et de discussions sur les conditions monétaires et le contexte économique. Ont notamment été examinés la situation sur les marchés financiers, les indicateurs monétaires, l'environnement économique mondial ainsi que la situation et les perspectives économiques de la Suisse.

La décision de politique monétaire a été prise par Martin Schlegel, Antoine Martin et Petra Tschudin, respectivement président, vice-président et membre de la Direction générale.

Ont participé au premier jour de l'examen de la situation économique et monétaire les membres de la Direction générale, leurs suppléantes et suppléants Attilio Zanetti, Rosmarie Schlup, Sébastien Kraenzlin et Thomas Moser, et des représentantes et représentants des divisions Affaires économiques, Marchés monétaire et des changes, Stabilité financière, Coopération monétaire internationale et Secrétariat général ainsi que de l'unité d'organisation Communication.

Le second jour, les membres de la Direction générale et leurs suppléantes et suppléants ont mené les consultations finales, qui ont précédé la décision de politique monétaire, avec un cercle restreint d'expertes et d'experts. Étaient présents les responsables des divisions Affaires économiques, Marchés monétaire et des changes, Stabilité financière, Coopération monétaire internationale et Secrétariat général, ainsi que les responsables des unités d'organisation Analyses de politique monétaire, Prévisions et analyses Monde, Relations avec l'économie régionale, Science des données économiques, Prévisions et analyses Suisse et Communication.

Marchés financiers

L'examen de la situation économique et monétaire s'ouvre sur un compte rendu de l'évolution des marchés financiers par la division Marchés monétaire et des changes.

Depuis le dernier examen de la situation économique et monétaire, en décembre 2025, la situation sur les marchés financiers a été marquée par une volatilité accrue, générée par les tensions géopolitiques et de nouvelles craintes quant au potentiel de rendement des actions technologiques américaines. Cet environnement a bénéficié aux actions défensives, ce qui a particulièrement soutenu les Bourses européennes. Les prix de l'énergie ont bondi avec l'escalade du conflit au Moyen-Orient, conduisant à une hausse des anticipations d'inflation à l'échelle mondiale. En ce qui concerne la décision de politique monétaire de mars, les marchés tablaient sur un maintien du taux directeur de la BNS.

Les membres de la Direction générale et leurs suppléantes et suppléants analysent, avec les expertes et experts, les différents facteurs qui expliquent les variations du cours du franc depuis l'examen de décembre. Les tensions géopolitiques et l'escalade du conflit au Moyen-Orient ont ainsi généré une pression à la hausse sur le franc, en raison de son statut de valeur refuge. Les discussions portent aussi sur l'augmentation récente des prix de l'énergie, et plus particulièrement sur les anticipations des marchés pour 2026. Une grande incertitude continue d'entourer l'évolution des cours du pétrole et plus généralement des prix de l'énergie, qui dépendra entre autres de la durée de la guerre, de la réouverture du détroit d'Ormuz ainsi que des dommages causés aux infrastructures énergétiques situées au Moyen-Orient. Les débats se concentrent ensuite sur les raisons de l'augmentation des taux sur le marché mondial des capitaux, toutes durées confondues, depuis l'examen de décembre. La hausse des anticipations d'inflation liée à l'escalade du conflit au Moyen-Orient et à l'augmentation des prix de l'énergie a joué un grand rôle à cet égard.

Indicateurs monétaires

L'analyse des indicateurs monétaires est présentée par la division Affaires économiques.

La courbe des rendements des obligations de la Confédération s'est légèrement déplacée vers le haut depuis l'examen de décembre. Le franc s'est nettement apprécié par rapport à l'euro et au dollar des États-Unis. À la Bourse suisse, les cours ont légèrement augmenté. Les prix de l'immobilier résidentiel ont poursuivi leur tendance à la hausse, tandis que la croissance des prêts hypothécaires s'est stabilisée à un niveau solide et que celle des agrégats monétaires larges est restée constante également.

Les membres de la Direction générale et leurs suppléantes et suppléants examinent les conditions monétaires, qui découlent du niveau des taux d'intérêt et du cours de change du moment. L'appréciation du franc observée depuis l'examen de décembre a entraîné un durcissement des conditions monétaires.

La politique monétaire demeure toutefois expansionniste. Les effets de l'assouplissement décidé au cours des derniers trimestres se remarquent notamment à la croissance robuste du crédit, qui a retrouvé son niveau d'avant le dernier cycle de resserrement. Aucun signe de contraction du crédit n'est visible, et la transmission de la politique monétaire fonctionne bien, ce qui se reflète entre autres dans l'accroissement de l'excédent de liquidités ou dans les conditions de crédit. L'excédent de liquidités demeure compatible avec la stabilité des prix à moyen terme.

Les membres de la Direction générale et leurs suppléantes et suppléants considèrent également les possibles interactions entre la politique monétaire et la stabilité financière.

Environnement économique mondial

L'analyse de l'évolution de la conjoncture mondiale est présentée par la division Affaires économiques.

Au quatrième trimestre, la croissance de l'économie mondiale a été solide. Les échanges internationaux de biens ont également augmenté. L'inflation est demeurée relativement élevée aux États-Unis, tandis qu'elle s'est maintenue proche de l'objectif visé dans la zone euro. Les taux directeurs sont restés inchangés dans les deux espaces monétaires. La guerre au Moyen-Orient a toutefois provoqué une nette hausse des prix de l'énergie depuis peu. Cette augmentation a un impact sur le nouveau scénario de base de la division Affaires économiques, sur lequel s'appuient les prévisions pour la Suisse. Au cours des prochains trimestres, la montée des prix de l'énergie devrait engendrer une accélération de l'inflation dans de nombreux pays. De plus, la croissance de l'économie mondiale devrait ralentir quelque peu, de manière passagère. L'incertitude entourant les perspectives économiques mondiales s'est fortement accrue. Ainsi, les prix de l'énergie pourraient encore augmenter du fait de la guerre au Moyen-Orient. Dans ce cas, l'inflation pourrait s'accentuer plus nettement que dans l'hypothèse du scénario de base, et la croissance de l'économie mondiale pourrait s'affaiblir plus fortement. Des perturbations touchant les chaînes d'approvisionnement et la montée de l'incertitude pourraient également peser sur la croissance. L'évolution des politiques commerciales reste elle aussi incertaine.

Dans le cadre de leurs échanges avec les spécialistes, les membres de la Direction générale et leurs suppléantes et suppléants mènent une réflexion approfondie sur les répercussions que pourrait avoir le conflit au Moyen-Orient sur l'économie mondiale. Ces effets devraient découler en premier lieu de la hausse des prix de l'énergie, mais aussi du renchérissement des engrais et donc de celui des denrées alimentaires. Il pourrait en résulter des baisses de pouvoir d'achat, qui freineraient la consommation, et une hausse des prix à la production. Les pays présentant une forte dépendance aux importations d'énergie seraient particulièrement touchés.

Toutefois, les prix de l'énergie devraient aussi augmenter pour les ménages et les entreprises des pays qui comptent parmi les exportateurs nets d'énergie. S'ils continuaient à monter et restaient relativement élevés sur une période prolongée, l'inflation pourrait s'accélérer plus fortement à l'échelle mondiale, et l'activité économique, ralentir nettement. Les débats portent ensuite sur les conséquences qu'aurait un tel scénario sur l'orientation de la politique monétaire des grands espaces monétaires.

Les membres de la Direction générale et leurs suppléantes et suppléants se penchent également avec les expertes et experts sur d'autres facteurs, comme la politique commerciale, la politique budgétaire et les conséquences potentielles de l'intelligence artificielle (IA).

Situation économique en Suisse

La division Affaires économiques rend ensuite compte des entretiens trimestriels menés entre janvier et mars par les déléguées et délégués aux relations avec l'économie régionale.

Pour le premier trimestre 2026, les entreprises ont indiqué tabler sur une solide croissance des chiffres d'affaires, toujours portée par les services. Les signes d'une légère reprise dans l'industrie manufacturière se sont confirmés, même si le taux d'utilisation des capacités techniques restait nettement plus faible qu'à l'accoutumée. Dans l'ensemble, les entreprises se sont montrées optimistes quant à l'évolution des chiffres d'affaires, y compris la plupart de celles interrogées après le début de la crise au Moyen-Orient. Parmi les entreprises directement concernées, certaines ont toutefois revu nettement à la baisse leurs anticipations. Les entreprises jugeaient l'incertitude élevée, également en ce qui concerne les anticipations de prix. Il leur est difficile d'estimer l'augmentation des coûts à laquelle elles devront faire face, entre autres en raison de la hausse des prix de l'énergie, et de savoir dans quelle mesure elles pourront la répercuter sur leurs prix de vente.

Les membres de la Direction générale et leurs suppléantes et suppléants demandent aux déléguées et délégués des précisions sur l'appréciation de la situation par les entreprises. Ces dernières jugent les perspectives de l'économie positives. C'est aussi le cas des entreprises interrogées après le début de la guerre au Moyen-Orient. Compte tenu de la hausse des prix de l'énergie, les entreprises tablent sur une hausse des prix d'achat, mais n'ont pas encore une idée claire de la façon dont les prix de vente vont évoluer. Ceux-ci réagissent généralement à la hausse des prix d'achat avec un décalage. La forte hausse des prix de l'énergie inquiète tout particulièrement les branches énergivores, dont les capacités de production sont en partie sous-utilisées. Les entreprises mentionnent également l'augmentation des coûts de transport et l'appréciation du franc comme des facteurs freinant l'activité. Elles jugent le niveau des effectifs approprié et indiquent avoir plus de facilité à recruter qu'aux trimestres précédents.

La politique commerciale des États-Unis reste un sujet de préoccupation. Toutefois, la part des entreprises indiquant que les droits de douane appliqués par les États-Unis ont un impact fortement négatif sur leur activité a nettement diminué par rapport au quatrième trimestre 2025.

Les discussions portent ensuite sur l'évolution récente des prix à la consommation en Suisse, qui est présentée par la division Affaires économiques. L'inflation s'est de nouveau un peu accentuée ces derniers mois et s'établissait à 0,1% en février. Ce chiffre s'explique surtout par les prix des biens. En février, l'inflation sous-jacente s'élevait à 0,4%, soit un niveau inchangé par rapport à novembre, et restait supérieure au renchérissement mesuré par l'IPC.

Les membres de la Direction générale et leurs suppléantes et suppléants débattent des prévisions concernant l'évolution de l'inflation. À court terme, l'inflation devrait s'accentuer plus fortement que cela n'était prévu en décembre, du fait de la guerre au Moyen-Orient et de l'augmentation des prix de l'énergie qui s'ensuit, laquelle devrait en particulier avoir un impact direct sur les prix du carburant et du mazout. Indirectement, les prix d'autres biens et services, comme ceux des trajets en avion ou des denrées alimentaires, pourraient également être concernés.

Perspectives économiques de la Suisse

La division Affaires économiques présente son appréciation de l'évolution économique de la Suisse ainsi que le scénario de base pour l'économie du pays.

Au quatrième trimestre 2025, le produit intérieur brut (PIB) est reparti à la hausse. Cela s'explique essentiellement par l'accroissement de la création de valeur dans l'industrie pharmaceutique, après le net recul enregistré au troisième trimestre. Dans les services, la création de valeur a continué à progresser. Le chômage est demeuré stable. Au début de l'année, l'évolution de l'économie était globalement solide.

Le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient a rendu les perspectives économiques pour les trimestres à venir plus incertaines. À court terme, la croissance pourrait évoluer de façon plutôt mitigée, avant de se redresser à moyen terme. Le PIB devrait progresser d'environ 1% en 2026 et d'environ 1,5% en 2027. L'inflation devrait s'accroître à court terme du fait de la hausse des prix de l'énergie, mais rester dans la plage de stabilité des prix. À moyen terme, elle devrait de nouveau diminuer. La situation reste très incertaine. Le principal risque qui pèse, en Suisse, sur les perspectives économiques et l'inflation est l'évolution de l'économie mondiale. La guerre au Moyen-Orient, surtout, pourrait freiner plus fortement l'activité économique et accentuer la pression à la hausse sur le franc.

Échangeant avec les expertes et experts, les membres de la Direction générale et leurs suppléantes et suppléants se penchent sur la façon dont les répercussions de la guerre au Proche-Orient sont prises en compte dans les prévisions et les analyses actuelles. La division Affaires économiques a recouru à plusieurs indicateurs récents afin de fournir une image actuelle de la situation. Ces indicateurs confirment l'appréciation des déléguées et délégués aux relations avec l'économie régionale selon laquelle, pour l'instant, seule une légère morosité se fait sentir. La division Affaires économiques présente en outre, à l'aide de différents scénarios, la manière dont les prix de l'énergie pourraient se répercuter sur l'inflation et l'activité économique en Suisse.

Les membres de la Direction générale et leurs suppléantes et suppléants s'intéressent également aux raisons pour lesquelles les prix élevés de l'énergie ont un moindre effet en Suisse qu'à l'étranger. Cela tient au fait que la part de l'énergie dans la consommation est moins importante en Suisse, ce que reflète d'ailleurs le poids plus faible des prix de l'énergie dans l'indice des prix à la consommation. De plus, l'industrie manufacturière suisse est moins dépendante des prix de l'énergie.

La Direction générale discute de la prévision d'inflation conditionnelle, qui repose sur l'hypothèse d'un taux directeur de la BNS maintenu constant à 0%. La prévision d'inflation se situe dans la plage de stabilité des prix pour toute la période sur laquelle elle porte. À court terme, elle est plus élevée que celle de décembre, en raison de la hausse des prix de l'énergie. À moyen terme, l'appréciation du franc réduit la pression inflationniste, ce qui contrecarre la possible apparition d'effets de second tour, et la prévision d'inflation reste donc très proche de celle de décembre.

Décision de politique monétaire

La Direction générale entame le second jour de l'examen de la situation économique et monétaire en résumant le contexte, la situation conjoncturelle, les scénarios pour les économies mondiale et suisse ainsi que les prévisions d'inflation, qui lui ont été présentés la veille. La division Marchés monétaire et des changes aborde de nouveau la situation sur les marchés financiers et rend compte de la mise en oeuvre de la politique monétaire sur les marchés monétaire et des changes.

La division Affaires économiques rappelle ensuite le contexte dans lequel s'inscrit la décision de politique monétaire. La pression inflationniste à moyen terme n'a quasiment pas varié par rapport à l'examen de décembre. La prévision d'inflation conditionnelle montre que, à taux directeur inchangé, l'inflation devrait augmenter au cours des prochains trimestres en raison de la hausse des prix de l'énergie, et se maintenir dans la plage de stabilité des prix pendant toute la période de prévision.

Le scénario de l'évolution conjoncturelle mondiale n'a pas fondamentalement changé malgré l'escalade du conflit au Proche-Orient. Les anticipations en matière de taux n'ont pas baissé sur les marchés étrangers, mais au contraire monté du fait des risques d'inflation.

Si les perspectives économiques de la Suisse ont connu une légère embellie dans les premiers mois de l'année, elles sont devenues incertaines pour les mois à venir et, à court terme, la croissance pourrait évoluer de façon plutôt mitigée. À moyen terme cependant, les prévisions laissent entrevoir une amélioration des perspectives de croissance. L'écart de production est actuellement négatif en raison du recul du PIB enregistré au troisième trimestre, mais il devrait retrouver une valeur nulle ou positive au cours des prochains trimestres. Le chômage s'est stabilisé et devrait reculer quelque peu dans les trimestres à venir.

Au vu des informations qui lui ont été présentées, la Direction générale constate que, par rapport à l'examen de décembre, les conditions monétaires se sont resserrées sous l'effet de l'appréciation du franc. Elles demeurent cependant appropriées compte tenu des perspectives en matière d'inflation et de conjoncture. La Direction générale en arrive également à la conclusion que la politique monétaire actuelle peut toujours être considérée comme expansionniste, comme le montrent notamment la croissance du crédit et celle des agrégats monétaires larges. Elle décide donc de maintenir le taux directeur de la BNS à 0%. Cependant, compte tenu de la situation géopolitique et de la fuite vers les valeurs refuge qu'elle engendre, la Banque nationale doit être davantage disposée à intervenir sur le marché des changes pour contrer une appréciation rapide et excessive du franc, qui menacerait la stabilité des prix en Suisse.

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