Imprimer

Excédent élevé de la balance suisse des transactions courantes: quelles conséquences pour la politique monétaire de la BNS?

Centre de sciences économiques de l'Université de Bâle, 23.11.2017

  • Texte intégral
    (1.3 MB)

Depuis les années 1980, la Suisse affiche de manière récurrente un excédent de sa balance des transactions courantes. En 2016, cet excédent représentait environ 10% du produit intérieur brut. Selon une approche théorique élémentaire, un excédent de la balance des transactions courantes indique une monnaie sous-évaluée.

Dans le cas de la Suisse, la persistance de l'excédent élevé de la balance des transactions courantes n'est pas le signe d'un franc trop faible. Au contraire, ce dernier s'inscrit toujours à un niveau élevé. En outre, l'inflation demeure basse, et les capacités de production sont encore sous-utilisées. Dans le contexte actuel, le taux d'intérêt négatif et la disposition de la Banque nationale suisse (BNS) à intervenir au besoin sur le marché des changes restent par conséquent nécessaires. L'excédent de la balance des transactions courantes de la Suisse s'explique quant à lui par trois facteurs.

Premièrement, des distorsions statistiques favorisent la tendance à surestimer l'excédent de la balance suisse des transactions courantes. En effet, une large part des entreprises multinationales établies en Suisse sont détenues par des non-résidents. Or si ces entreprises réinvestissent leurs bénéfices, ces derniers sont entièrement attribués à la Suisse sur le plan statistique, alors qu'ils appartiennent en définitive majoritairement à l'étranger. A cela s'ajoute le fait que l'inflation et les taux d'intérêt sont traditionnellement plus bas en Suisse que dans le reste du monde. Ainsi, les taux d'intérêt nominaux plus élevés à l'étranger "gonflent" le solde de la balance suisse des transactions courantes, car l'appréciation du franc en termes nominaux n'est pas prise en compte. Il résulte de ces distorsions statistiques que, malgré un excédent persistant de la balance des transactions courantes, la position extérieure nette n'augmente pas de manière continue.

Deuxièmement, des facteurs structurels expliquent l'excédent de la balance des transactions courantes et l'excédent d'épargne de la Suisse, dont notamment le vieillissement relativement rapide de la population. Une fois corrigé de ces distorsions statistiques, le solde de la balance suisse des transactions courantes reflète un excédent d'épargne qui, au vu de l'évolution démographique et du système de prévoyance vieillesse solidement financé, s'avère tout à fait justifié.

Troisièmement, le solde et l'évolution de la balance des transactions courantes sont dominés en Suisse par deux domaines d'activité. Les exportations nettes de l'industrie pharmaceutique et du commerce de transit sont peu sensibles aux variations des cours de change, et leur importance pour la balance des transactions courantes est bien plus grande que pour l'économie dans son ensemble.

Pour toutes ces raisons, la balance des transactions courantes de la Suisse telle qu'elle est calculée n'est pas une mesure appropriée pour évaluer les flux commerciaux ni l'évolution de la position extérieure. Elle ne constitue pas non plus un bon indicateur pour décider de l'orientation de la politique monétaire. La balance suisse des transactions courantes ne permet pas de déterminer la juste valeur extérieure du franc ni de rendre compte de manière adéquate des risques pesant sur la stabilité des prix et la conjoncture. C'est pourquoi la BNS ne se base pas non plus sur la balance des transactions courantes pour fixer le cap de sa politique monétaire.