Imprimer

Balance des transactions courantes: passage aux nouvelles normes et rétropolation des séries

Balance des transactions courantes: passage aux nouvelles normes du MBP6 et rétropolation des séries

Le passage aux nouvelles normes du MBP6* pour l’établissement de la balance des paiements amène divers changements dans la balance des transactions courantes: il introduit de nouveaux libellés, augmente le nombre des composantes, classe différemment plusieurs d’entre elles et en modifie parfois le contenu. Par ailleurs, il importe tout spécialement de noter que cette réforme est allée de pair avec une révision des enquêtes afférentes à la balance des transactions courantes. Cette révision avait pour buts d’une part de satisfaire à de nouvelles exigences internationales, et d’autre part de proposer aux utilisateurs davantage de données statistiques concernant des domaines du commerce extérieur jusqu’alors négligés.

La révision a de plus amené une extension du cercle des entreprises appelées à fournir des données en vue de la balance des transactions courantes. Pour les composantes qui entraient déjà jusqu’alors dans la statistique, l’augmentation du nombre des entreprises interrogées conduit à une forte hausse des recettes et des dépenses, ce qui représente une rupture structurelle dans les séries. Afin que les utilisateurs disposent malgré tout de séries chronologiques longues, les données ont dans la mesure du possible été calculées rétroactivement.

Les lignes qui suivent décrivent les principales étapes de cette rétropolation et proposent une évaluation quantitative des effets de la révision sur les séries.

*Manuel de la balance des paiements et de la position extérieure globale, 6e édition.

1. Classification des composantes selon le MBP6

Dans un premier temps, diverses composantes de la balance des paiements ont dû être classées rétroactivement selon les catégories du MBP6. Les principaux changements dans la classification sont les suivants:

  • Le négoce de métaux précieux sous forme brute (lingots d’or), recensé jusqu’alors dans les mouvements de capitaux, entre dorénavant dans les marchandises. Cette composante étant la plus importante de la balance des transactions courantes, son reclassement entraîne une augmentation marquée des volumes des opérations enregistrés sous le poste Marchandises. Du fait de sa volatilité, elle influe de plus de façon marquée sur l’évolution du solde de la balance des transactions courantes.
  • Dorénavant, le commerce de transit figure dans les marchandises et non plus dans les services. Avec les revenus de capitaux, il est la composante qui contribue le plus fortement à l’excédent de la balance des transactions courantes.
  • Les services de production manufacturière (jusqu’alors Perfectionnement à façon), la maintenance et les réparations sont désormais recensés dans les services et non plus dans les marchandises.
  • Les services de poste et de messagerie sont classés, dans les services, parmi les transports, et non plus sous Postes, messageries et télécommunications.
  • Les services de télécommunications sont regroupés sous un seul poste avec les services d’informatique et d’information.
  • Les droits de propriété résultant d’activités de recherche et développement (par exemple patentes) font désormais partie du poste Services de recherche et développement. Jusqu’alors, ils entraient dans les transferts en capital, regroupés avec les achats et ventes de droits pour l’utilisation de marques et de licences. Comme les données afférentes aux droits de propriété résultant d’activités de recherche et développement n’avaient jusqu’alors pas été recensées séparément, elles ne peuvent pas être classées rétroactivement sous un autre poste.
  • Les variations des droits des ménages sur les caisses de pensions sont dorénavant enregistrées sous les revenus secondaires (appelés jusqu’alors Transferts courants), et non plus sous les revenus primaires (jusqu’alors Revenus du travail et de capitaux).
  • Les droits de timbre ne sont plus recensés avec les services, mais avec les revenus secondaires.

2. Rétropolation des composantes de la balance des transactions courantes

Dans une première étape, la rétropolation a été effectuée jusqu’au 1er trimestre 2000. L’année prochaine, il est prévu de faire remonter les séries recalculées plus loin dans le passé. La disponibilité des informations nécessaires à la rétropolation a déterminé son degré de détail (rétropolation au niveau des composantes, des sous-composantes, etc.). Lors de ce processus, une distinction générale a été faite entre les composantes pour lesquelles des séries chronologiques comparables sont disponibles et les autres.

Rétropolation des composantes en fonction de l’évolution des séries antérieures

Dans le premier cas (données comparables disponibles pour les périodes antérieures), la nouvelle série a été rétropolée en fonction de l’évolution de la série passée. Les calculs se sont écartés de cette méthode uniquement lorsque des informations plus détaillées que celles de l’ancienne série étaient disponibles pour le passé, ce qui n’était qu’exceptionnellement le cas. La rétropolation a donc reposé sur l’hypothèse selon laquelle l’évolution passée de la série chronologique est représentative également pour le cercle élargi des établissements concernés.

Rétropolation de nouvelles composantes en l’absence de données historiques: utilisation d’indicateurs

Dans les cas où une composante était nouvelle ou n’était plus comparable avec l’ancienne, la question fondamentale s’est posée de savoir s’il était judicieux de la rétropoler. La solution adoptée consiste à ne rétropoler que les séries pour lesquelles des indicateurs adéquats sont disponibles en tant que valeurs de remplacement. Ainsi, les composantes pour lesquelles aucun indicateur approprié n’a pu être trouvé n’ont pas été calculées rétroactivement. Il en va de même pour celles qui portent sur des activités qui étaient inexistantes ou insignifiantes dans le passé.

Choix des indicateurs

Les séries de la balance des transactions courantes qui doivent être rétropolées concernent le volume nominal des échanges de marchandises et de services avec l’étranger. C’est pourquoi il est judicieux de recourir à des indicateurs ayant les mêmes propriétés: ils doivent donc être exprimés en termes nominaux, porter sur des volumes et concerner des opérations transfrontières. Ces propriétés se retrouvent généralement dans les agrégats nominaux des comptes nationaux (CN) et dans les chiffres d’affaires présentés dans la statistique relative à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). On a retenu, parmi les agrégats des comptes nationaux, la valeur de production brute et la consommation intermédiaire, et, dans la statistique sur la TVA, les chiffres d’affaires totaux et à l’exportation. Ces agrégats ont pour avantages de porter sur des volumes exprimés en termes nominaux et d’inclure les composantes qui doivent être rétropolées. De plus, ces statistiques sont relativement bien détaillées par branche, ce qui assure la cohérence entre les branches retenues et les composantes à rétropoler. La statistique de l’emploi offre aussi en principe des données détaillées par branche, mais ces données se prêtent moins à une utilisation dans le présent contexte. En effet, le nombre d’emplois s’exprime en termes réels, et son évolution peut fortement diverger de celle des volumes des opérations recensés dans la balance des transactions courantes, en raison des fluctuations de la productivité. Ces chiffres ont malgré tout aussi été pris en compte pour leur degré de détail dans la répartition par branche.

Les indicateurs empruntés à la statistique de la TVA (chiffres d’affaires totaux et à l’exportation), aux comptes nationaux (valeur de production brute et consommation intermédiaire par branche) et à la statistique de l’emploi (équivalents plein temps par branche) ont été comparés et sélectionnés sur la base de tests statistiques. Ces tests exigeaient de choisir des composantes pour lesquelles aussi bien des séries chronologiques que des indicateurs étaient disponibles. La démarche a reposé sur l’hypothèse selon laquelle un indicateur qui satisfait au mieux aux exigences lorsqu’on se réfère à des séries chronologiques existantes garde cette propriété lorsqu’il s’agit de rétropoler des séries non disponibles. La valeur de production brute (VDP) en termes nominaux est l’indicateur qui présente les meilleurs résultats. Comme il n’est toutefois pas disponible pour toutes les composantes, il est nécessaire de recourir aussi à d’autres indicateurs.

Les quatre étapes de la rétropolation

1. Passage de la classification du MBP5 à celle du MBP6 dans les séries

  • Dans une première étape, les séries chronologiques de la balance des transactions courantes sont réarticulées selon le MBP6 (voir chapitre 1 ci-dessus). C’est ainsi que certaines composantes qui entraient dans les marchandises sont désormais classées dans les services et vice-versa. Dans certains cas, les changements dans la classification concernent aussi des composantes des revenus primaires et secondaires ou des mouvements de capitaux.

2. Détermination de la rupture dans les séries

  • Les anciennes enquêtes sur la balance des transactions courantes ont été menées pour la dernière fois pour 2011. Les nouvelles enquêtes, auxquelles davantage d’entreprises sont tenues de participer, ont été introduites pour l’année 2012. Comme les périodes sur lesquelles portent les enquêtes ne se recoupent pas, il a fallu estimer le décalage entre le niveau de 2011 et celui de 2012. Pour les composantes qui étaient déjà recensées, il a été possible de prolonger la série ancienne en reprenant uniquement, à partir de 2012, les données des entreprises qui participaient déjà aux enquêtes auparavant. La différence entre les totaux pour l’année 2012 selon l’ancien cercle des entreprises participant à l’enquête et selon le nouveau correspond à l’écart à déterminer; le total selon le nouveau cercle fournit la valeur de référence pour la rétropolation. Les séries ont pu être adaptées selon cette méthode pour 25 composantes.

3. Choix d’un indicateur pour les composantes nouvelles

  • Les indicateurs ont été choisis en fonction de leur disponibilité et des résultats des tests. La valeur de production brute par branche a obtenu les meilleurs résultats dans l’absolu. Elle n’était toutefois pas disponible pour toutes les composantes nécessaires et n’a pu être utilisée que pour neuf d’entre elles. Pour les séries portant sur la recherche et développement, l’enquête de l’OFS sur ce domaine a servi de source de données aussi bien du côté des recettes que des dépenses. La statistique de l’emploi a fourni des indicateurs pour quatre séries. Pour les services en matière de construction, l’indice de la construction d’Eurostat a été employé du côté des recettes et la valeur de production brute de ce domaine du côté des dépenses. Les agrégats Marchandises, Services et Marchandises et services ont été utilisés dans huit cas. Dans l’ensemble, 25 séries ont été rétropolées à l’aide d’indicateurs. Quatre composantes (transport par pipelines, astronautique, transmission d’électricité et services de santé) n’ont pas été rétropolées, du fait que les activités correspondantes n’existaient pas précédemment ou que le volume des opérations était très faible. De même, treize sous-positions de composantes n’ont pas été recalculées et seize autres composantes n’ont pu l’être que conjointement avec une ou plusieurs autres composantes. Dans ces 29 séries, les indicateurs disponibles n’étaient pas suffisamment détaillés par branche.

4. Rétropolation des séries annuelles et trimestrielles.

  • Aussi bien les données annuelles que les données trimestrielles sont calculées rétroactivement à l’aide du taux de variation par rapport à la période précédente. Les données annuelles ont été rétropolées à l’aide du taux de variation par rapport à l’année précédente, puis les données trimestrielles l’ont été à l’aide du taux de variation par rapport au trimestre précédent.

Lors de la rétropolation des valeurs trimestrielles sur la base de la variation par rapport à la période précédente, la somme des données trimestrielles rétropolées ne correspond qu’exceptionnellement aux données rétropolées de l’année en question. Afin d’éviter une telle incohérence, les séries trimestrielles rétropolées ont été adaptées aux séries annuelles, ce qui a permis d’assurer l’homogénéité entre les deux périodicités tout en respectant l’évolution des séries trimestrielles. De la sorte, toutes les informations contenues dans une série chronologique ont pu être transposées dans la série rétropolée correspondante. Pour que cette adaptation remplisse les conditions énumérées précédemment, la méthode de Chow-Lin* a été appliquée.*

*La mise en œuvre de cette méthode s’appuie sur le module «tempdisagg» de Christoph Sax et Peter Steiner (http://cran.r-project.org/web/packages/tempdisagg/index.html).

3. Répercussions sur les données

Balance des transactions courantes

Les recettes et les dépenses dans la balance des transactions courantes ont fortement augmenté à la suite de la réforme. En 2013 par exemple, les recettes et les dépenses ont atteint respectivement 618 milliards de francs et 521 milliards selon les nouvelles normes, contre 459 milliards et 381 milliards selon les anciennes, ce qui correspond à une différence d’un tiers dans les deux cas. Le solde de la balance des transactions courantes est en général légèrement plus élevé selon le MBP6 que selon le MBP5, l’écart variant toutefois fortement d’une année à l’autre. Ainsi, le solde augmente de 18 milliards de francs en 2013 avec le changement de système, tandis qu’il diminue de 16 milliards en 2009. Pour ces deux années, la différence s’explique principalement par la nouvelle classification des métaux précieux dans les marchandises.

Marchandises

Du côté des marchandises, le volume des opérations est nettement plus élevé du fait de la nouvelle classification des métaux précieux et du commerce de transit. Le solde actif du poste Marchandises a particulièrement augmenté en raison du reclassement du commerce de transit et de l’élargissement du cercle des entreprises participant aux enquêtes. Pour l’année 2013, il a ainsi passé de 17 milliards de francs selon les anciennes normes à 52 milliards selon les nouvelles.

Services

Du côté des services, les écarts découlent d’une part du changement de classification du commerce de transit et, d’autre part, de l’élargissement du cercle des entreprises participant aux enquêtes. Ce second facteur explique la hausse très marquée (+60%) des dépenses, lesquelles se montent à 79 milliards de francs en 2013 après le passage au MBP6, mais à 49 milliards avec le MBP5. Le changement de système a entraîné une progression nettement moins forte des recettes: en 2013, leur niveau est 18% plus élevé selon les nouvelles normes et s’inscrit à 104 milliards de francs. Cette augmentation relativement modeste s’explique par le fait que les recettes nettes du commerce de transit sont désormais enregistrées dans les marchandises, ce qui compense en partie les effets de l’élargissement du cercle des entreprises. Comme les répercussions du passage au MBP6 ont été deux fois plus élevées du côté des dépenses que de celui des recettes, le solde actif des services s’est fortement réduit, passant, pour l’année 2013, de 40 milliards de francs selon les anciennes normes à 25 milliards selon les nouvelles.

Tableau: Répercussions de la réforme sur la balance des transactions courantes, les marchandises et les services

Balance des transactions courantes
solde
MBP6
MBP5
Ecart
dont reclassements
dont élargissement de l’enquête
MBP6
en % du PIB
MBP5
en % du PIB
2010
82
84
-2
-8
5
14
15
2011
39
52
-13
-19
6
7
9
2012
66
57
9
-10
19
11
10
2013
96
78
18
9
9
16
13

Marchandises
recettes
MBP6
MBP5
Ecart
dont reclassements
dont élargissement de l’enquête
MBP6
en % du PIB
MBP5
en % du PIB
2010
287
204
83
83
0
50
36
2011
306
209
97
96
1
52
36
2012
311
212
98
97
1
53
36
2013
346
213
133
136
-4
57
35

Marchandises
dépenses
MBP6
MBP5
Ecart
dont reclassements
dont élargissement de l’enquête
MBP6
en % du PIB
MBP5
en % du PIB
2010
252
191
61
69
-8
44
33
2011
281
194
86
95
-8
48
33
2012
274
197
77
86
-8
46
33
2013
294
196
98
107
-9
49
33

Marchandises
solde
MBP6
MBP5
Ecart
dont reclassements
dont élargissement de l’enquête
MBP6
en % du PIB
MBP5
en % du PIB
2010
35
13
22
13
8
8
2
2011
25
14
11
2
9
8
2
2012
37
16
21
11
10
8
3
2013
52
17
35
30
6
8
3

Services
recettes
MBP6
MBP5
Ecart
dont reclassements
dont élargissement de l’enquête
MBP6
en % du PIB
MBP5
en % du PIB
2010
98
87
11
-21
32
17
15
2011
95
84
11
-21
32
16
14
2012
99
85
14
-21
35
17
14
2013
104
88
15
-20
36
17
15

Services
dépenses
MBP6
MBP5
Ecart
dont reclassements
dont élargissement de l’enquête
MBP6
en % du PIB
MBP5
en % du PIB
2010
68
38
30
1
30
12
7
2011
70
40
30
1
29
12
7
2012
74
44
30
1
29
12
7
2013
79
49
30
1
29
13
8

Services
solde
MBP6
MBP5
Ecart
dont reclassements
dont élargissement de l’enquête
MBP6
en % du PIB
MBP5
en % du PIB
2010
30
49
-19
-22
2
5
9
2011
25
44
-19
-22
3
4
8
2012
26
41
-15
-22
6
4
7
2013
25
40
-15
-21
6
4
7