Imprimer

Compte rendu pour 2007

Contenu

Le 18 février 2008, la Direction générale de la Banque nationale suisse (BNS) a adressé à l'Assemblée fédérale son Compte rendu d'activité pour l'année 2006, conformément à l'art. 7, al. 2, de la loi sur la Banque nationale (LBN). Ce Compte rendu d'activité, qui figure ci-après, est soumis au Conseil fédéral et à l'Assemblée générale des actionnaires pour information et non pour approbation.

Décisions en matière de taux d’intérêt

La Direction générale de la Banque nationale procède en mars, en juin, en septembre et en décembre à une appréciation de la situation économique et monétaire. L’examen approfondi conduit à une décision en matière de taux d’intérêt. Lorsque les circonstances l’exigent, la Direction générale peut adapter la marge de fluctuation du Libor à trois mois en francs suisses sans attendre la prochaine évaluation trimestrielle de la situation. Un tel cas ne s’est pas produit en 2007.

Défis de la politique monétaire en 2007

La politique de normalisation du niveau des taux d'intérêt de ces trois dernières années a été poursuivie durant la première moitié de 2007. La Banque nationale a ainsi relevé, à deux reprises, la marge de fluctuation du Libor pour porter les taux d'intérêt à un niveau garantissant la stabilité des prix à moyen terme et s'accordant avec la vigueur de la conjoncture.

En seconde partie d'année, la Banque nationale a opéré dans un nouvel environnement. La gestion des conditions monétaires a visé à éviter, d'une part, que la bonne marche de l'économie ne compromette la stabilité des prix à moyen terme et, d'autre part, que les turbulences sur les marchés financiers ne conduisent à une pénurie de liquidités. Le défi de la politique monétaire a alors été d'assouplir suffisamment les conditions monétaires pour que les tensions sur le marché interbancaire ne mettent en péril la croissance et la stabilité de l'économie suisse, sans pour autant relâcher la vigilance en matière de stabilité des prix.

La politique monétaire 2007 au cœur des risques …

A l’instar des années précédentes, la politique monétaire a été exposée en 2007 à de nombreux risques à court, moyen et long terme. La Banque nationale évalue régulièrement la probabilité, les conséquences sur l’économie et les implications pour la politique monétaire de tels risques.

… à court terme, …

Bien que les aléas du prix du pétrole aient représenté un risque important pendant toute l'année, pour la conjoncture comme pour la stabilité des prix, la crise sur le marché des crédits, qui a fortement ébranlé les marchés financiers et mis à mal le monde bancaire, a été le principal risque de la seconde partie de l'année susceptible de freiner l'activité économique. Si la volatilité du prix de l'énergie n’a pas conduit la Banque nationale à des mesures particulières, la crainte d'un assèchement du marché monétaire a, en revanche, incité celle-ci à détendre les conditions monétaires au second semestre de 2007.

… à moyen terme …

Les incertitudes quant à la conjoncture mondiale et suisse restent les principaux risques à moyen terme. Si la conjoncture en Europe et en Suisse s'est développée conformément aux attentes en 2007, les signes pouvant laisser croire à un ralentissement marqué aux Etats-Unis se sont par contre renforcés, notamment en seconde partie d'année, suite aux fortes corrections sur les marchés immobilier et financiers. En outre, la faiblesse du franc par rapport à l'euro a constitué, pendant toute l'année, un risque supplémentaire pour la stabilité des prix.

… et à long terme

Les perspectives d'inflation à long terme se seraient dégradées si la Banque nationale n'avait pas poursuivi la normalisation du cours de sa politique. Le relèvement des taux d'intérêt en 2007 a donc représenté une condition nécessaire au maintien de bonnes perspectives en matière de stabilité des prix.

Appréciation de la situation économique et monétaire du 15 mars

Comme à chaque appréciation de la situation économique et monétaire, la prévision d'inflation de la Banque nationale est établie sur la base du scénario de l'économie mondiale jugé le plus probable. Les tendances conjoncturelles amorcées en 2006 – ralentissement aux Etats-Unis et croissance soutenue en Europe – ont été confirmées lors du premier examen de 2007. Ainsi, la Banque nationale a escompté pour 2007 et 2008 une croissance de respectivement 2,8% et 3,1% outre-Atlantique, et de 2,3% et 2,2% en Europe. De plus, la baisse du prix du pétrole devait continuer de modérer le renchérissement dans les mois suivant l'appréciation de la situation.

En Suisse, la conjoncture reposait sur une base solide au moment de l'examen. Au cours des trimestres suivants, la plupart des composantes de la demande intérieure et les exportations allaient continuer de soutenir la croissance. En outre, la bonne conjoncture, stimulant le marché du travail, devait conduire à un nouveau repli du chômage. Pour 2007, la Banque nationale a ainsi continué de tabler sur une croissance du PIB d'environ 2%.

Face à l'euro, le franc s'était quelque peu raffermi au moment de l'appréciation de la situation, après une phase de faiblesse qui n'a pas eu d'impact notable sur le renchérissement.

Dans ce contexte, l'évaluation des perspectives d'inflation était entachée d'une incertitude accrue au moment de l'examen. Si la concurrence étrangère et l'ouverture du marché du travail devaient continuer de tempérer l'évolution des prix, la hausse des coûts de production risquait de se répercuter davantage sur les prix en raison du taux élevé d'utilisation des capacités de production. La Direction générale a alors décidé de relever de 25 points de base la marge de fluctuation du Libor pour la porter à 1,75%–2,75%.

La prévision d'inflation établie sur la base d'un Libor maintenu à 2,25%, selon le graphique présenté au terme de l'examen, était inférieure à celle de décembre 2006 pour une bonne partie de 2007, notamment à cause de la baisse du prix du pétrole. L'accélération qui suivait, la prévision passant au-dessus de l'ancienne, était plus marquée que précédemment du fait de l'affaiblissement du franc, qui neutralisait les effets du relèvement du taux d'intérêt. Pour 2009, la prévision repassait en dessous de celle de décembre, la hausse de taux se faisant alors sentir. Le renchérissement attendu se montait à 0,5% pour 2007, à 1,4% pour 2008 et à 1,6% pour 2009. Bien que la dynamique de l'inflation ait dans l'ensemble faibli, elle se renforçait légèrement à la fin de la période de prévision.

f_y2007q1_l225

Appréciation de la situation économique et monétaire du 14 juin

Au moment de l'examen de juin, la conjoncture aux Etats-Unis, quoique satisfaisante, était un peu moins forte qu'attendue. La Banque nationale a donc abaissé ses prévisions de croissance américaine, les fixant à 2,2% pour 2007 et à 3% pour 2008. En revanche, la conjoncture européenne étant meilleure que prévue précédemment, la nouvelle prévision pour 2007 a été relevée à 2,6% et celle pour 2008 est restée inchangée à 2,2%.

La conjoncture suisse faisait preuve d'une belle vigueur au moment de l'appréciation de la situation, grâce notamment à la demande des pays voisins et à l'évolution des cours de change. De plus, depuis l'examen de mars, le dynamisme de l'activité continuait de favoriser le redressement du marché du travail. Ainsi, le nombre de chômeurs avait encore diminué, le taux de chômage glissant en dessous de 3%. Pour 2007, la Banque nationale a alors tablé sur une croissance du PIB proche de 2,5%.

Sur le front des changes, depuis l'examen précédent, le franc avait continué de fléchir par rapport à l'euro et de s'apprécier par rapport au dollar. Pondéré par les exportations, le franc s'était déprécié de 1,7%. Ce relâchement des conditions monétaires continuait d'atténuer les effets des relèvements de taux et menaçait de stimuler les pressions inflationnistes dans une économie opérant à un fort taux d'utilisation des capacités de production.

Dans ce contexte, la stabilité des prix était sujette à plusieurs risques. Un premier risque était lié au prix élevé du pétrole. Un deuxième risque découlait d'une évolution plus dynamique de la demande globale par rapport à celle des capacités de production. Un troisième risque était lié à la baisse du franc face à l'euro. Afin que la bonne conjoncture ne compromette la stabilité des prix à moyen terme, la Direction générale a alors décidé de relever, une nouvelle fois, de 25 points de base la marge du Libor pour la porter à 2%–3%.

Dans l'hypothèse d'un Libor maintenu à 2,5%, selon la prévision d'inflation publiée, le renchérissement annuel moyen se montait à 0,8% pour 2007, à 1,5% pour l'année suivante et à 1,7% pour 2009. L’effet combiné du prix du pétrole élevé, d’une forte évolution conjoncturelle et d’un affaiblissement du franc conduisait à une détérioration des perspectives d'inflation au cours des mois suivant l'examen. A partir du milieu de 2008, le renchérissement tendait vers un niveau légèrement supérieur à celui établi trois mois auparavant pour approcher 2% à la fin de la période de prévision.

f_y2007q2_l250

Appréciation de la situation économique et monétaire du 13 septembre

La crise des crédits hypothécaires aux Etats-Unis, une forte correction sur le marché des actions et l'insuffisance de liquidités sur le marché monétaire caractérisaient l'environnement international lors de l'examen de septembre. La conjoncture mondiale ne semblait pas en être affectée dans l'immédiat. L'économie américaine connaissait une croissance à peine plus faible que prévue, mais les risques d'un ralentissement pour la fin de 2007 augmentaient. De plus, après avoir reculé entre la mi-juillet et la mi-août, le prix du pétrole était reparti à la hausse.

En Suisse, le PIB avait fortement augmenté durant la première moitié de l'année et l'emploi poursuivi sa progression. Le taux d'utilisation des capacités de production allait ainsi rester élevé. La Banque nationale a alors maintenu son estimation de croissance du PIB pour 2007 proche de 2,5%, pour autant que les incertitudes quant aux marchés financiers n'exercent pas d'effets modérateurs inattendus.

Par rapport à l'examen précédent, les perspectives d'inflation s'étaient néanmoins quelque peu détériorées. L'évolution du prix du pétrole constituait le principal risque. En outre, le taux d'utilisation des capacités de production restait élevé. Enfin, le franc se maintenait à un niveau relativement bas. Cependant, certains facteurs, comme un éventuel ralentissement conjoncturel suite aux turbulences sur les marchés financiers, pouvaient limiter les risques inflationnistes. Dans l'intervalle, les remous sur le marché monétaire ayant entraîné une hausse du Libor de 2,5% à 2,9%, le resserrement des conditions monétaires était jugé excessif au regard de la prévision d'inflation. Dans ce contexte, la Direction générale a décidé de favoriser une détente sur le marché monétaire en ramenant le Libor à 2,75% tout en relevant de 25 points de base la marge de fluctuation, la portant à 2,25%–3,25%. A partir de cet examen, la Banque nationale a visé un Libor aux alentours de 2,75%.

Malgré le niveau supérieur du Libor, la prévision d'inflation publiée en septembre donnait une image presque identique à celle de juin. Dans l'hypothèse d'un Libor maintenu à 2,75%, la Banque nationale s'attendait à un renchérissement annuel moyen de 0,6% pour 2007, de 1,5% pour 2008 et de 1,8% pour 2009. L'inflation croissait jusqu'au premier trimestre de 2008, puis baissait légèrement à compter du deuxième trimestre. Cette prévision s'expliquait essentiellement par la récente évolution du prix du pétrole. A partir du milieu de 2008, une légère hausse de l'inflation était attendue, cette dernière atteignant même 2% à la fin de la période de prévision.

f_y2007q3_l275

Appréciation de la situation économique et monétaire du 13 décembre

Lors du dernier examen de l'année, la Banque nationale s'attendait à ce que l'économie américaine, touchée à la fois par l'évolution défavorable des marchés immobilier et des crédits et par la hausse de prix du pétrole, enregistre une croissance affaiblie en 2008 (prévision: 2,4%). Quant à l'Europe, apparemment encore peu affectée par la hausse de l'euro et les turbulences sur les marchés financiers, ses perspectives de croissance devaient demeurer bonnes, même si la Banque nationale les a révisées quelque peu à la baisse pour 2008 (prévision: 2%).

La croissance de la Suisse était vigoureuse au troisième trimestre, le PIB s'étant accru de 3,3% en taux annualisé. Durant les mois qui précédaient l'examen, l'emploi avait ainsi continué de progresser dans quasiment tous les secteurs. Grâce à cette évolution, les perspectives de croissance devaient rester bonnes pour les trimestres à venir. Par conséquent, la Banque nationale a tablé sur un rythme de progression du PIB aux alentours de 2% pour 2008, soit une prévision en retrait par rapport à la croissance en 2007. Cette accalmie devait permettre une réduction du taux d'utilisation des capacités de production.

Les perspectives d'inflation restaient bonnes, mais étaient grevées d'incertitudes supérieures à celles de l'examen précédent. Bien que le ralentissement attendu de la croissance en Suisse et la modération du rythme de progression des agrégats monétaires aient constitué des facteurs favorables au maintien de la stabilité des prix, d'autres éléments pouvaient au contraire la perturber. La hausse du prix du pétrole, si elle devait persister, de même qu'un franc qui continuait de s’affaiblir en étaient des exemples. Dans ce contexte d'incertitude, la Direction générale a décidé de maintenir la marge du Libor à 2,25%–3,25% et de viser un Libor à 2,75%.

Dans l'hypothèse d'un Libor maintenu à 2,75%, la prévision d'inflation indiquait une hausse marquée au premier semestre de 2008. Cette montée, l'inflation attendue passant temporairement en dessus de 2%, était due essentiellement à la hausse du prix du pétrole. Dès le milieu de 2008 et jusqu'à la fin de la période de prévision, par contre, l'inflation se situait aux alentours de 1,5%. La brusque correction de la prévision en milieu d'année était due à un effet de base et la révision de la courbe à la baisse pour la fin de la prévision s'inscrivait dans le ralentissement anticipé de la conjoncture internationale.

y2007q4_l275_f