Imprimer

L'euro et la politique monétaire suisse

Europa Forum, Lucerne, 02.05.2016

  • Texte intégral
    (441 KB)

L'Union européenne et plus précisément les pays de la zone euro sont de loin les principaux partenaires commerciaux de la Suisse. De ce fait, la politique monétaire de la Banque centrale européenne revêt un intérêt particulier pour le pays. Ces dernières années, sa politique monétaire expansionniste a favorisé la reprise économique dans la zone euro, stimulant ainsi la demande de produits helvétiques. Cependant, l'affaiblissement de l'euro a placé les producteurs suisses dans une situation difficile face à leurs concurrents européens et confronté la politique monétaire suisse à divers problèmes.

Malgré les relations économiques étroites qui l'unissent à la zone euro, la Suisse n'a jamais envisagé d'adopter la monnaie européenne. Après l'effondrement du système monétaire de Bretton Woods, elle a opté pour un régime de cours de change flottants, une décision qui s'est révélée être la bonne à long terme. Les cours de change flottants peuvent toutefois connaître des fluctuations marquées. Aussi, durant les quarante dernières années, la Banque nationale suisse (BNS) a-t-elle introduit à deux reprises un seuil de change minimal temporaire en vue d'enrayer la forte appréciation du franc: la première fois en octobre 1978, pour le mark allemand, et la seconde en septembre 2011, pour l'euro. Un cours plancher ne constitue pas un instrument adéquat sur la durée. Néanmoins, lors d'une phase d'extrême incertitude pendant laquelle la monnaie d'un pays est nettement surévaluée par rapport à toutes les autres monnaies, il peut donner un point de repère aux marchés et contribuer au maintien d'un cadre monétaire approprié.

La Banque nationale a aboli le cours plancher de 1,20 franc pour un euro en janvier 2015. Parallèlement, elle a adapté une nouvelle fois vers le bas, dans la zone négative, le taux d'intérêt appliqué aux avoirs à vue détenus à la BNS et réaffirmé sa disposition à intervenir au besoin sur le marché des changes. Elle contribue ainsi à stabiliser l'évolution des prix et à soutenir l'activité économique. La Banque nationale continuera, à l'avenir également, de mettre à profit la marge de manœuvre que lui confère la souveraineté monétaire pour faire face, avec pragmatisme, aux défis qui se présenteront à elle. La politique monétaire n'est pas toute-puissante. En particulier, elle ne permet pas de résoudre des problèmes structurels. Aussi est-il essentiel que les entreprises continuent de faire preuve de flexibilité, et que la politique économique générale garantisse de bonnes conditions.