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Politique monétaire suisse: passer des idées reçues aux faits avérés

Swiss Finance Institute Evening Seminar, Genève, 19.05.2015

  • Texte intégral
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Fort de son expérience de politique monétaire acquise ces dernières années, l'auteur se penche sur quatre idées reçues concernant la politique monétaire suisse et leur oppose des faits avérés.

Pour commencer, l'auteur aborde la prétendue "borne zéro des taux d'intérêt" (zero lower bound), qui empêcherait les taux d'intérêt nominaux d'être négatifs. Cette idée reçue a été infirmée par les développements récents. Il va de soi que, même si des taux nominaux négatifs ne sont pas impossibles, ils ne reflètent pas une situation "normale", mais bien le caractère exceptionnel du contexte économique actuel en Suisse, qui se distingue par une propension exacerbée des investisseurs internationaux à considérer le franc comme une valeur refuge et par des taux d'intérêt bas à l'échelle mondiale. C'est pourquoi, la politique monétaire doit imposer un taux d'intérêt négatif pour rétablir un différentiel d'intérêt entre la Suisse et les principales économies, et ainsi réduire les incitations à investir dans des actifs libellés en francs.

L'auteur évoque ensuite l'idée selon laquelle il serait possible d'accroître le bilan d'une banque centrale sans risque. Trois faits importants, qui ont une portée générale mais s'appliquent particulièrement à la situation actuelle de la politique monétaire suisse, permettent de réfuter cette idée. D'abord, le bilan d'une banque centrale ne constitue jamais une fin en soi: son volume et sa composition reflètent simplement les décisions de politique monétaire. Ensuite, un gonflement important du bilan génère des risques économiques et financiers. Enfin, des mesures de politique monétaire entraînant un fort accroissement du bilan ne sont justifiées que tant que leur bénéfice en termes d'objectifs de politique monétaire l'emporte sur le risque et les coûts résultant de cette expansion. La suppression du cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro en janvier 2015 illustre parfaitement ce point.

La troisième idée reçue concerne le pouvoir des banques centrales, qui serait illimité. Selon cette idée, leur indépendance leur permettrait de se soustraire au contrôle démocratique. Il est pourtant important qu'une banque centrale soit indépendante; en effet, il existe des raisons probantes de déléguer la conduite de la politique monétaire à une telle institution. De plus, l'indépendance de la Banque nationale suisse (BNS) n'est de loin pas illimitée, car la Suisse possède un système bien établi de répartition des compétences, qui oblige la BNS à rendre compte de manière transparente de ses décisions.

Enfin, l'auteur évoque l'idée selon laquelle la stabilité financière serait une utopie. Il n'est certes pas aisé de renforcer la stabilité du système financier, mais ce pessimisme est injustifié si deux conditions sont réunies. La première est de s'efforcer continuellement d'améliorer la connaissance des facteurs d'instabilité financière. La seconde consiste à reconnaître que la stabilité financière peut être atteinte même avec des connaissances imparfaites pourvu que nous mobilisions la volonté politique nécessaire pour prendre des mesures prudentielles proportionnelles à l'étendue de notre ignorance.