Depuis l’examen de la situation économique et monétaire effectué en septembre, les signes de redressement de l’activité mondiale s’étaient renforcés. La normalisation des conditions sur les marchés financiers et les impulsions monétaires et fiscales avaient relancé la production dans le secteur manufacturier. Cependant, dans de nombreux pays, le taux d’utilisation des capacités de production était resté bas et l’accès au crédit bancaire, difficile. De plus, la morosité sur le marché du travail allait vraisemblablement continuer de peser sur la consommation. La Banque nationale a donc maintenu ses prévisions de croissance pour les Etats-Unis et légèrement révisé à la baisse celles pour l’Europe (2010: 1,1%).
L’économie suisse était également sur le chemin de la reprise au moment de l’examen de la situation, le PIB ayant retrouvé une croissance positive au troisième trimestre. Les exportations devaient continuer de profiter du redressement de la demande internationale, permettant d’escompter, entre autres, une amélioration dans l’industrie manufacturière. Par contre, le taux d’utilisation des capacités de production demeurant bas, les investissements en biens d’équipement ne devaient pas encore connaître d’embellie à court terme. En outre, la croissance de la consommation devait être freinée par la faible progression des revenus. La Banque nationale a donc tablé sur une augmentation du PIB de l’ordre de 0,5% à 1% pour 2010; pour 2009, elle a estimé le recul de ce dernier à environ 1,5%.
Après avoir fortement augmenté jusqu’en avril 2009, la monnaie centrale avait diminué pendant le reste de l’année, tandis que les agrégats monétaires M1 et M2 s’étaient substantiellement accrus jusqu’au moment de l’examen de la situation. La progression de l’agrégat M3, longtemps modérée, s’était également accélérée. Cette évolution reflétait la nette préférence du public pour les actifs liquides et ne donnait donc pas matière à préoccupation.
La croissance des crédits hypothécaires avait augmenté pour atteindre 5,1% dans les mois précédant l’appréciation de la situation. Même si l’expansion des autres crédits s’était quelque peu tassée, il ne pouvait être question d’un resserrement du crédit bancaire (credit crunch) en Suisse.
Depuis le dernier examen de la situation, la valeur extérieure du franc pondérée par les exportations avait marqué une légère hausse, notamment en raison de l’affaiblissement du dollar des Etats-Unis. Par rapport à l’euro toutefois, le franc était resté stable.
Au moment de l’examen trimestriel, l’inflation était toujours négative. Elle était largement déterminée par les mouvements du prix du pétrole et les effets de base qui s’y rattachaient. Les perspectives conjoncturelles laissaient cependant entrevoir une inflation positive dès le début de 2010.
Dans ces conditions, la Banque nationale a décidé de laisser inchangée à 0%–0,75% la marge de fluctuation du Libor et de maintenir le Libor autour de 0,25%. Elle a annoncé qu’elle entendait continuer d’alimenter généreusement l’économie en liquidités, mais qu’elle suspendait ses achats d’obligations en francs de débiteurs privés suisses. De plus, elle a précisé qu’elle continuerait à s’opposer d’une manière résolue à une appréciation excessive du franc par rapport à l’euro. La Banque nationale a en outre mis en garde les banques ainsi que les entreprises et les ménages contre les risques d’un relâchement de la discipline dans le financement de l’immobilier.
La prévision d’inflation publiée au moment de la décision de politique monétaire reposait sur un Libor à 0,25%. Le renchérissement a connu une hausse à court terme en raison d’un effet de base dû au niveau historiquement bas enregistré un an auparavant par le prix du pétrole. Selon la prévision, l’inflation cesserait d’augmenter et se tasserait dans le courant de 2010, malgré une probable reprise de la croissance de l’économie. Il découlait de la prévision que, dès le début de l’année 2011, le renchérissement s’accélérerait nettement et qu’au premier semestre de 2012, il passerait au-dessus de la barre de 2%. Cette politique monétaire expansionniste ne pourrait donc pas être maintenue durant les prochaines années, car la stabilité des prix serait menacée à terme.