Au moment de l’examen de juin, la croissance de l’économie mondiale, quoique disparate, ne connaissait pas de ralentissement majeur. La crise que traversait le secteur financier s’était propagée au reste de l’économie moins fortement et plus lentement que prévu. De plus, la bonne santé de l’économie mondiale continuait d’alimenter l’augmentation du prix du pétrole, poussant l’inflation mondiale à la hausse. La Banque nationale n’a alors que légèrement révisé à la baisse ses prévisions de croissance aux Etats-Unis et en Europe pour 2008 et 2009.
En Suisse, l’activité économique avait connu une nette accalmie dans les premiers mois de 2008. Le PIB n’avait progressé que de 1,3% au premier trimestre en termes annualisés. Ce ralentissement s’inscrivait dans le sillage de la normalisation de la politique monétaire entreprise depuis plusieurs années. De plus, il était amplifié par l’affaiblissement des exportations et par le repli du volume des transactions boursières qui pesait sur la valeur ajoutée du secteur bancaire. Pour les trimestres à venir, le prix élevé du pétrole et les incertitudes liées à la crise du marché immobilier américain devaient continuer de grever l’activité économique. La Banque nationale a néanmoins continué de tabler sur une croissance du PIB comprise entre 1,5% et 2% pour 2008.
Le franc s’était déprécié par rapport aux monnaies de nos partenaires commerciaux les plus importants durant les mois précédant l’examen de juin, compensant partiellement l’appréciation intervenue en début d’année. Les agrégats monétaires M1 et M2, qui avaient reculé au cours des derniers trimestres, étaient quasiment stables au moment de l’examen. Quant à M3, il continuait de croître modérément. La crise financière perdurant, la santé du marché des crédits était sous haute surveillance. La croissance des crédits hypothécaires, qui s’élevait à 3,3% au moment de l’appréciation de la situation, continuait de faiblir, notamment à cause de la normalisation de la politique monétaire. La croissance des autres crédits demeurait élevée, les banques n’ayant pas resserré les conditions d’octroi de crédits aux ménages et aux entreprises au cours des mois précédant l’examen.
Bien que l’inflation ait dépassé la barre de 2% depuis le mois de décembre 2007, la Banque nationale a estimé que cette situation serait passagère et que le ralentissement attendu de la conjoncture exercerait un effet modérateur sur les pressions inflationnistes. Dans ce contexte, la Direction générale a décidé, le 19 juin 2008, de laisser inchangée la marge de fluctuation du Libor, marge qui demeurait ainsi à 2,25%–3,25%.
La prévision d’inflation publiée au moment de la décision reposait sur un Libor inchangé à 2,75%. Elle dépassait la barre de 2% jusqu’au premier trimestre de 2009. De plus, elle était caractérisée par une certaine persistance, due à l’augmentation du prix du pétrole conjuguée à une activité économique robuste. La prévision montrait cependant que le ralentissement anticipé de la conjoncture, le recul du degré d’utilisation des capacités de production et un effet de base pour ce qui est du prix du pétrole contribuaient à un repli de l’inflation. La prévision indiquait que l’inflation pour 2008 se montait à 2,7%. Elle se repliait à 1,7% pour 2009 et à 1,3% pour 2010.