Bien que les prévisions de croissance pour la zone euro et les Etats-Unis n’aient guère changé par rapport à l’appréciation de septembre, la Banque nationale se montra confiante dans les perspectives de l’économie mondiale. Pour 2005 et 2006, les valeurs escomptées furent maintenues pour l’Europe à 1,4% et 2% et légèrement revues à la baisse pour les Etats-Unis, s’établissant à 3,5% et 3,6%. L’économie outre-Atlantique faisant toujours preuve de dynamisme, la Banque nationale anticipa pour 2007 une croissance de l’ordre de 3,5%. Pour la zone euro, la Banque nationale se montra également optimiste et misa sur une croissance se montant à 2,4% pour 2007. En ce qui concerne le pétrole, les marchés internationaux s’étant relativement détendus depuis la dernière appréciation, la Banque nationale envisagea toujours un prix élevé des énergies fossiles pour les trimestres à venir, mais ne vit plus dans le prix du pétrole un élément pouvant paralyser les économies industrialisées.
Alors qu’en septembre, la Banque nationale n’avait espéré qu’une croissance de 1% pour 2005 en Suisse, elle révisa lors de l’examen de décembre ses prévisions à la hausse et tabla sur une croissance de plus de 1,5%. D’une part, les taux de croissance, révisés par le seco, du PIB des deux premiers trimestres permettaient de retrouver l’optimisme qui avait prévalu en début d’année. D’autre part, la consommation et les investissements en biens d’équipement s’étaient montrés robustes au troisième trimestre et laissaient présager un bon comportement durant les prochains trimestres. Le tassement anticipé, courant 2006, du dynamisme de la construction ne devait pas modifier ce scénario. La conjoncture à la fin de l’année conduisit également la Banque nationale à se montrer rassurée quant aux perspectives pour 2006. Elle escompta ainsi une croissance dépassant légèrement 2%.
Les indicateurs provenant des marchés monétaires signalèrent également l’embellie conjoncturelle. Les tendances qui s’étaient dessinées lors de l’appréciation de septembre s’accentuèrent encore à la veille de l’appréciation de décembre. Le développement de M1 et M2 observé depuis le mois d’août continuait de se renforcer. Le phénomène était encore plus prononcé avec M3, qui, après avoir connu une croissance de 1% au mois d’octobre 2004, atteignait au moment de l’appréciation un taux dépassant les 6%. La Banque nationale observa également avec attention les aléas du marché immobilier, qui faisait toujours preuve de vivacité.
La Banque nationale escompta pour 2005 un taux d’inflation de 1,2% comme lors de l’appréciation précédente. En revanche, par rapport à la prévision d’inflation de septembre, l’inflation anticipée pour 2006 fut revue à la hausse dans l’hypothèse d’un Libor inchangé à 0,75% pour les trois prochaines années. Au terme de la prévision, l’inflation attendue devait s’établir à 3% et largement dépasser la limite de 2% que la Banque nationale assimile à la stabilité des prix.
Dans ce contexte, la Direction générale décida de rehausser de 25 points de base la marge de fluctuation du Libor. La nouvelle marge s’établit désormais à 0,5%–1,5%. La Direction signala qu’elle entendait maintenir le Libor dans la zone médiane de cet intervalle. La Banque nationale avait entamé une pause dans la normalisation de ses taux d’intérêt suite à l’amélioration substantielle, en début d’année, des perspectives d’inflation à moyen et long terme. Bien que l’examen de septembre 2005 eût déjà signalé la fin de cette amélioration, la hausse subite des prix du pétrole, rendant les perspectives conjoncturelles plus incertaines, avait néanmoins conduit la Banque nationale à retarder la reprise de la normalisation de sa politique monétaire. En décembre, au vu des éclaircies conjoncturelles internationales et suisses, le besoin d’agir était devenu plus pressant, ce qui conduisit la Banque nationale à reprendre la normalisation de ses taux d’intérêt.
Dans l’hypothèse du nouveau niveau du Libor maintenu constant à 1% pendant les trois prochaines années, l’inflation anticipée devait se monter à 0,8% pour 2006 et 1,2% pour 2007. A la fin de la période de prévision, avec une valeur devant s’élever à 2,7%, l’inflation attendue dépassait toujours la limite assimilée à la stabilité des prix. La politique monétaire était toujours expansive et, par conséquent, continuait de soutenir la reprise conjoncturelle.